Histoire du SJLO PB, extrait du livre des 75 ans de l'Olympique (1927-2002)

Au commencement était le geste. Le geste ample du semeur, celui qui sème le vent, mais qui récolte aussi la tempête, tempête qui couvait dans les corps d'une belle jeunesse pétant de santé. Celle de Saint-Jean-de-Luz et de Sare, élevée en plein air, dans un brassage sain et nutritif de courants marins et montagneux, apanages iodés et oxygénés de ceux qui ont le bonheur de vivre les pieds dans l'océan et la tête dans la Rhune.


Et quand les jeunes travailleurs de la mer rencontraient les jeunes travailleurs de la nuit, il n'était nullement question, ni de journées sans poisson, les mains en sel et les yeux rougis, ni de nuits sans lune, sans douaniers et sans Shéhérazade. 


Les contes n'étaient pas à dormir debout, mais les comptes étaient à endormir debout, car les bandes allaient au contre, pour les régler. Gnons, horions, castagne en tout genre, mêlées furieuses, déjà, tout était bon à ramener dans les filets de la fierté, de la jeunesse, de la santé.


Alors le verbe s'est fait clair. Pour verbaliser. Les amendes succédaient aux raclées, car la maréchaussée veillait aux grains,  nombreux et formidables, qui s'abattaient sur cette fougueuse jeunesse. Pour mettre fin à ces effusions, où infusion de châtaignes et zortziko de matapich étaient monnaie courante, la police, et cette fois pleine de malice, eut l'idée de faire s'affronter ces belligérants multirécidivistes en champ clos.


Le siècle venait de naître et le rugby, descendu en escale au Havre, une trentaine d'années plus tôt, balbutiait encore, il servirait d'exutoir: "Brigadier, répondit Pandore, brigadier vous avez raison!" Accostant à Saint-Jean-de-Luz comme le cuirassier Potemkine pour mater la révolte de ces jeunes stackhanovistes de la castagne, le rugby allait se transformer en boutefeu, intrépide aviso portant le courrier ovale au fin fond de tous les quartiers alentour.


Les Luziens se retrouvèrent sous la bannière de l'Amicale Donibandarrak. Cette amicale regroupait plusieurs sections, dont une "préparation militaire". Les Saratars se réunirent et prirent le nom éphémère de "Basurdiak", mais le sanglier est toujours l'emblème du club du pied de la Rhune. La maréchaussée crut avoir réglé le problème en obligeant quasiment ces bouillants contrevenants à créer deux clubs.


Le premier match eut lieu, sans doute sur la pelouse d'Uhartea, au bord de la Nivelle à Ciboure. "Amicalement vôtre" ne fut pas l'ambiance du match. La bagarre fut phénoménale, mais légale. Pas d'amende à infliger, mais une énorme distribution de torgnoles dans un contexte sportif. Les apparences étaient sauves.

Nous étions en 1909 et déjà le Sultan pointait sous Sébédio. Ce fantastique et fantasque joueur deviendra international en 1913. La guerre coupa son élan, mais on le retrouvera encore sous le maillot de l'équipe de France en 1923. 

L'essentiel était fait, le rugby avait planté ses crampons sur les bords de la Nivelle et n'allait plus déserter la campagne. Le 1er janvier 1911 à Uhartea, se déroula un "match sensationnel", comme annonçait l'affiche, entre l'Aviron Bayonnais et la Donibandarrak Football. Déjà Saint-Jean-de-Luz était Saint-Jean-de-Luz et voyait ses plus beaux poissons frétiller à l'étal des clubs voisins comme le Biarritz Stade, ou à celui des villes de garnison. Fautes d'équipier, l'Amicale plia les gaules.

Le rugby s'embarqua alors à l'Ur Yoko de 1912 à 1914, mais la Grande Guerre mit fin aux tribulations des pionniers de l'ovale. Jusqu'en 1925, il n'y a pas de club à Saint-Jean-de-Luz, les rugbymen locaux doivent jouer les émigrants et font les beaux jours d'Hendaye, Biarritz, Bayonne ou des clubs du Languedoc comme Carcassonne. Les étudiants luziens se plient avec talent et facilité à l'esprit du BEC à Bordeaux ou du PUC à Paris.


Mais l'amour du clocher est le plus fort et l'on bat le rappel au bord de la Nivelle. La Belle Époque peut aussi se vivre oralement à Saint-Jean-de-Luz. Les Ansoborlo, Vernejoux, Roques et autres Donnart, réarment le bateau et font route au 15: cap rugby. Armand Larralde, commerçant bien connu et généreux, ouvre sa cambuse pour financer l'achat d'équipement et de matériel. 


Ainsi naquit en 1925 "Donibane Esparanza". Saint-Jean-de-Luz peut, à nouveau, s'enorgueillir d'un club. Un club, oui, mais sans terrain.


Commencent alors les campagnes en camions prêtés pas des amis et à bord desquels on casse la croûte joyeusement. Destination Hendaye, Bayonne, Hardoy ou Campan, où joue la Donibaneko, selon les disponibilités de l'Aviron Bayonnais, de l'ASB ou du Stade Hendayais. C'est la bohème mais c'est le rugby. Le ver est dans le fruit, et jeunes Luziens et Cibouriens sont à nouveau rassemblés pour assouvir leur passion rugbyvore. L'époque a ses mordus et ceux-là se disent: "Pourquoi Saint Jean de Luz n'aurait-il pas un club et une équipe digne de la ville?"

Surtout que bon nombre de Luziens talentueux font flores sous des couleurs voisines. Un appel est donc lancé à tous les sportifs locaux.


C'était en 1927, il y a 75 ans, et le Saint Jean de Luz Olympique naissait. Le premier Président de l'Olympique, comme on dit et comme on dira toujours, fut monsieur Diharce, il le restera deux ans.

Aidé des dirigeants de Donibaneko Esperanza et de beaucoup d'autres, il faisait entrer le SJLO dans la grande famille du rugby. Comment fêter l'évènement? Objectif en vue: un match "vieux contre jeunes". Tout le monde sur le pont, double ration de rhum: branle-bas de combat. La fièvre monte, et pas que le soir. L'empressement fut tel autour de l'évènement que l'on n'en oublia qu'une chose: le terrain. Sacré terrain! Saint Jean de Luz n'en a toujours pas et personne ne s'était inquiété de ce détail pourtant primordial.

Ouf! Deux jours avant le match, l'on trouve enfin un lieu ad hoc. Ce sera à Layats. Mais c'est encore un champ de maïs où se dressent toujours les tiges, dernières traces de la récolte des épis.

L'Olympique courbe l'échine, mais c'est pour la bonne cause, et se met à arracher avec conviction et efficacité les tiges rebelles. Il faudra aussi enlever au râteau et à la pelle plusieurs tombereaux de coquilles d'huîtres ayant servi d'engrais.

En guise de poteaux, ce sont des mâts servant à faire flotter des drapeaux et obligeamment prêtés par la ville, que l'on plante. le terrain est bosselé, sillonné, malaisé, mais qu'importe, c'est un terrain de rugby, le terrain de rugby de l'Olympique. Et Layats, où le SJLO ne fut jamais battu en match officiel, participa à sa façon à la légende de l'Olympique.


Qui gagna? Les jeunes? Les Vieux? Nul ne s'en souvient. Mais ce match lança l'aventure dont toute une ville est fière et qui dure encore aujourd'hui. 


C'est en 1928 que le Saint Jean de Luz Olympique fut agréé par le Ministère de le Guerre. Enfin, les Luziens pouvaient participer, et sous leurs couleurs, aux championnats de la Fédération Française de Rugby. Ils concourent au formidable essor que connait le rugby et plus particulièrement le Comité de Côte Basque qui voit ses clubs passer de 11 en 1920, à 50 en 1929. Fulgurants furent les débuts!


Commençant au bas de l'échelle, en 4ème série, chaque saison voit le club gravir un échelon vers le sommet. C'est au terrain de Layats que l'on joua vaillamment jusqu'en 1933, date de l'installation au Pavillon Bleu. Ne pouvant rester insensible aux performances des rugbymen luziens, les édiles municipaux décidèrent de l'aménagement du Pavillon Bleu.

Palmarès

1929: Finaliste du championnat de Côte Basque de 4e série, Demi finaliste du championnat de France de 3e série.
1930: Champion de Côte Basque de 3e série.
1931: Champion de Côte Basque de 2e série.
1932: Vainqueur du tournoi B de l'UFRA.

Grâce à ce palmarès, la ville de Saint Jean de Luz décida l'aménagement du stade du Pavillon Bleu en 1933.

Elle en fut récompensée par de très bons résultats:
1934: Champion de Côte Basque "Promotion" et demi-finaliste du championnat de France.
1935: Demi-finaliste du championnat de France "Honneur".
1936: Huitième de finaliste du championnat de France "Honneur".
1938: Demi-finaliste du championnat de France "Honneur" et
montée en "Excellence" (actuellement la 1ère division)

La guerre 39/45 interrompit cette belle série, mais le SJLO était entré dans l'élite des clubs français.

1943: Finaliste du championnat de France Juniors.
1945: Finaliste de la Coupe des XV.
1950: Huitième de finaliste de la Coupe de France.

Depuis, ce palmarès ne cesse d'être complété:
1955: Champion de France des équipes réserves.
1959: Quart de finaliste de 3e division.
1960: Quart de finaliste de 2e division.
1965: Demi finaliste de 2e division.

1968: Champion de France de 2e division et montée en 1ère division.
1971: Vainqueur de la Coupe des XV.
1977: Vainqueur du tournoi à VII du PUC.

1983: Champion de France de Nationale B2.
1984: Champion de France de Nationale B2.

1985: Finaliste du championnat de France de Nationale B2.
1986: Finaliste du championnat de France de Nationale B2.

1987: Champion de France de 1ère division Groupe B.
1993: Qualifié pour les play-offs du groupe B1.
1996: Champion de France de Nationale B2.
2007: Finaliste du championnat de France de Nationale B2.
2009: Champion de France Reichels B.
2010: Champion de France Reichels B
, Cadets finalistes du championnat de France.
2011: Champion de France de Nationale B.
2013 : 1/8
ème finaliste du championnat de France en Fédérale 1 et Nationale B.
2014 : Champion de France Nationale B.

2015: 1/8ème finaliste du championnat de France en Nationale B. Descente en fédérale 2.

2016: Champion de France de Fédérale 2, montée en Fédérale 1.